Bannière

Accueil > Actu > [1er mai] Défilé en photos

[1er mai] Défilé en photos

mardi 1er mai 2018

Discours de STF06-Etudiants lors des prises de parole en fin de manifestation :

Manifestantes, manifestants,

Nous somme Sauve ta Fac, et nous sommes avec vous. Nous sommes avec vous parce que nous sommes la réaction des enseignants, étudiants, chercheurs et autre personnels de l’université de Nice aux politiques comptables déshumanisantes qui visent à tout administrer comme une entreprise. Vous vous battez contre Macron et ses sbires, mais sachez que nous avons les mêmes à la direction de l’université. Qui viennent nous expliquer qu’ils n’ont pas l’argent magique, qu’il faut faire des sacrifices sur tout. Et nous sommes aussi en mouvement contre eux, à notre modest échelle. Nous avons envahi un de leurs conseil feutrés, nous avons bloqué à trois reprises, et aujourd’hui nous sommes avec vous !

Peut-être que certaines et certains d’entre vous ignorent ce qui se passe à l’université en ce moment. Et il n’y a pas de quoi vous en vouloir d’avoir du mal à tout suivre quand on voit la vitesse à laquelle les vautours encravatés dépècent ce qu’il reste de notre service public.

L’université, donc, a un problème, qui est qu’elle a de moins en moins d’argent, et de plus en plus d’étudiants. Et le fait qu’il y ait de moins en moins d’argent ne tombe pas du ciel, ça date de la loi LRU en 2007, qui donne la “possibilité” aux universités d’aller chercher des sous où bon leur semble, mais surtout, gèle les dotations de l’état. Et depuis, les entreprises ne se sont pas poussée au portillon pour apporter des financements, et de fait, il y a de moins en moins d’argent par étudiant dans le système universitaire. Et maintenant, nous voilà face à un pic soudain dans le nombre de bacheliers qui arrivent dans le supérieur, et que personne n’a vu venir, après tout ils sont nés en 2000. C’est vrai que 18 ans, c’est court pour anticiper.

Alors, quelle est la meilleure chose à faire ? Mettre plus de moyens ? Construire des facs, embaucher des enseignants-chercheurs ? Bien sur que non, la solution, c’est de de sélectionner, en demandant une lettre, un CV et les notes, en laissant aux universités la liberté de “choisir” les critères, discipline par discipline. Ce qui dooà)nne lieu à une système totalement opaque de sélection, par université.

Et ce qui se met en branle là, ce n’est pas juste la sélection, c’est bien plus gros : c’est la privatisation, aussi de l’université. Ils veulent nous retirer même le savoir du service public. Et c’est déjà en marche. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais la fac de Nice, c’est celle de la ministre de l’enseignement supérieur. Oui, de la mère Vidal elle même. Elle en était encore présidente il y a un an, et c’est son laboratoire. Alors, quelle est donc sa vision de l’université ? Et bien ce sont les diplômes payants. C’est l’excellence, avec sélection par l’argent.

Pour vous raconter un peu comment Sauve ta Fac est née, au début de l’année, ont été dévoilé de nouveau masters labellisés IDEX, qui sont censés d’après la direction faire rayonner l’université au niveau mondial. Alors déjà, rayonner… J’ai beau être doctorant en astrophysique, je n’ai aucune idée de ce que ça peut bien vouloir dire. Mais bon, il le répètent à tire-larigot, ça doit être un paternoster néolibéral. Si ça les fait se sentir mieux…
Mais comment font-il pour faire rayonner leurs formations, en l’occurrence des masters de science ? Ils ont trouvé une technique géniale, qui tient en deux point : Déjà, tout passer en anglais, mais surtout, en porter le prix à 4000€. Et oui, 4000€ pour un une année de master, 8000 pour un master en deux ans. C’est la politique pour les nouvelles formations, elles doivent s’autofinancer.

Le but du gouvernement, c’est ça, c’est de faire payer les étudiants, c’est la mort de l’enseignement supérieur public, pour passer à un financement par les frais d’inscription. Ce n’est pas moi qui l’invente, c’est monsieur Gary Bobo. (Si vous voulez chercher, c’est en deux mots, Gary comme l’écrivain, et bobo comme le bobo). Dans une note, qui date d’octobre 2016, ce cher monsieur, alors un des conseillers de campagne de Macron, recommandait donc de financer le supérieur par la dette des étudiants. Et nous vous l’offrons en exclusivité, nous savons déjà quel sera le prochain chantier : se sera les frais d’inscription de 1000 euros en licence. C’est dans la note, et vous l’aurez entendu la première fois ici. Ce qui nous pend au nez, c’est que vous allez payer le gros du coût qui est aujourd’hui financé par l’argent public. Et ce n’est que le début, ils veulent que l’université s’autofinance, ils veulent l’équilibre !

L’équilibre, ça veut dire que vous allez payer pour vos gosses ! Si ils arrivent à compléter leur projet, si les formations doivent toutes s’autofinancer, on en serait à 37000€ en moyenne pour un bac+5. Vous vous imaginez payer 37000€ pour un bac +5 pour vos gosses ? Ou commencer avec ça en dette à 25 ans ? C’est presque 3 ans de SMIC !

Et si nous luttons avec vous, si nous vous soutenons tous, c’est parce que cette privatisation du savoir dont je viens de décrire les grandes lignes est le même mal que celui qui ronge la SNCF, les Hôpitaux, les EPHAD, où la rentabilité, le chiffre sont les seules choses qui compte, en dépit des humains qu’il y a derrière, que ce soit les usagers ou les salariés. On nous prive ainsi de liberté de mouvement en attaquant le rail, de nos vies et de notre dignité en attaquant les hôpitaux, les maisons de retraite et les tribunaux, et d’éducation en attaquant l’université.

Et priver d’éducation, ça peut paraître peu face aux hopitaux, mais priver quelqu’un d’éducation, ce n’est pas juste l’exclure d’une hypothétique ascension sociale, ce n’est pas juste la priver de revenus. C’est la priver d’un esprit libre, c’est la priver d’une chance de contribuer à la somme de la production intellectuelle humaine, c’est la priver de sa propre intelligence. C’est lui retirer de sa capacité à produire, et ne lui laisser que sa capacité à consommer. C’est ainsi une perte pour tous, une perte pour l’humanité entière, une perte pour notre progrès futur. C’est une perte d’intelligence collective, et une perte pour le savoir lui-même.

Oui, pour le savoir, parce que le savoir, ce n’est pas une collection de livres poussiéreux, ce n’est pas un ensemble de faits. Le savoir, c’est vivant, le savoir, c’est le tissage de liens, le savoir c’est la fabrication de sens. Enseigner, ce n’est pas du bourrage de crâne, c’est faire faire vivre une discipline, en l’implantant dans des esprits, en permettant à d’autres de s’en emparer, de questionner, et, finalement de produire, et d’étendre les horizons intellectuels de la civilisation toute entière.

Enseigner, c’est aussi donner les outils nécessaires à la construction du patrimoine humain, qui regroupe notre patrimoine immatériel, nos savoirs-faire techniques, nos œuvres d’art, nos connaissances scientifiques, mais aussi les conceptions morales selon lesquelles nous organisons nos sociétés, notre connaissance de l’histoire qui nous renseigne sur les impasses du passé, ou la philosophie qui nous apprends comment penser.

Ce patrimoine humain est ce qui nous sépare d’un brutal état de nature, où nous serions condamnés à l’obscurité perpétuelle. Ce patrimoine humain est ce qui tient la civilisation toute entière. Mais ce patrimoine n’est pas immuable : si il a été étendu par l’intelligence, par la compassion et par la détermination hier il peut aussi être dégradé et détruit par l’indifférence, par la méchanceté et par la bêtise demain.

Et surtout, ce patrimoine n’existe pas en dehors de nous, nous le portons tous, dans chacun de nos esprits, dans chacun de nos cœurs, et c’est notre devoir à tous de le chérir, de le célébrer, et de le faire vivre.

Ce que nous exigeons, l’éducation pour toutes et pour tous, gratuite ou presque n’est pas un projet d’une ambition folle. Il est évident pour nous, mais il ne l’est pas pour eux qui dirigent. Il ne l’est pas pour eux car ceux là n’ont aucune notion de la décence, car ceux là ne nous connaissent pas, car ceux là gouvernent hors sol, car ceux là ne savent pas ce que c’est que vivre, car ceux là ne pensent que rentabilité, compétitivité et projets. Car pour eux tout est fini, pour eux il n’y a qu’une pensée, la leur : une pensée technocratique et morte, une pensée sans âme ni considération pour les humains qu’ils dirigent, une pensée à base de retour sur investissement et de mots vides.

Mais nous ne sommes pas dupes. Nous ne nous laissons pas faire, et nous ne laisserons pas faire. Montrons à ces cerveaux racornis que tout le monde ne pense pas comme un énarque, et pour nous, l’humain passe avant le reste, qu’une vie heureuse n’est pas bâtie sur de faibles déficits publics ou des impôts bas, mais sur la considération en tant que personne, et sur le lien, pas sur la division.

Un ex-candidat à la présidentielle a justement remarqué que tout le monde est le cheminot de quelqu’un. Nous à Sauve ta Fac voulons vous dire que tout le monde est l’étudiant de quelqu’un.

Merci

Portfolio