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Ouest-France

Des masters à 4 000 € fâchent à l’université de Nice

mercredi 18 avril 2018


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À l’université Nice Sophia Antipolis, un collectif d’enseignants et d’étudiants s’est monté contre la création de diplômes d’établissement. En cause : les frais de scolarité de 4 000 €.

Une formation à 4 000 € l’année dans une université, ça peut étonner. Pourtant, l’université Nice Sophia Antipolis s’apprête à mettre en place onze « diplômes d’établissement » (DE), de niveau bac + 5 à la rentrée 2018. Trois d’entre eux vont remplacer des masters de biologie déjà existants. Les étudiants souhaitant s’inscrire dans ces formations devront débourser entre 250 € et 4 000 €, selon leurs revenus fiscaux, contre 256 € actuellement. Avec des cours entièrement dispensés en anglais et un séjour de six mois à l’étranger, l’université espère voir 50 % d’étudiants étrangers inscrits, « pour contribuer au rayonnement international de l’établissement ». Après avoir obtenu leur diplôme, les étudiants pourront demander la validation d’une équivalence de niveau master.

Un risque d’endettement des étudiants

Du côté des enseignants et des étudiants, la nouvelle fait grincer des dents. Certains se mobilisent sous la forme d’un collectif, Sauve ta fac 06. Ils ont lancé une pétition « Non aux masters payants à Nice » pour demander la gratuité de ces formations. « Ces frais peuvent encore augmenter, comme cela a été le cas en Angleterre ou aux États-Unis, où les étudiants sont dans des situations d’endettement », décrit Sabine Santucci, chercheuse au CNRS et membre du collectif.

Pour justifier ces tarifs, l’université met en avant le caractère innovant de sa formation. « Il y aura un soutien à concurrence au déplacement de 1 000 € pour le stage à l’étranger, explique Stéphane Azoulay, le vice-président formation de l’Université Côte d’Azur, la Comue en charge de ces formations. Il y a également beaucoup de travaux pratiques avec des sorties sur le terrain. Par exemple, des sorties en mer pour faire des prélèvements. » « Dans les anciennes formations, les étudiants pouvaient partir en séjour Erasmus », argumente Sabine Santucci.

Vers une généralisation ?

« L’université a décidé de supprimer ces masters, estimant qu’il n’y avait pas suffisamment d’inscrits », se désole Frédéric Blanc, un enseignant mobilisé. « La faculté a des finances fixes alors que le nombre d’étudiants augmente. Il faut qu’elle trouve des financements et elle choisit la dette privée », appuie Sabine Santucci. L’UCA va-t-elle s’enrichir avec ces diplômes d’établissement ? Non, répond Stéphane Azoulay. « Cela ne ramènera pas de l’argent, mais permettra juste de faire fonctionner ces DE. »

Le collectif craint également une privatisation de l’enseignement supérieur et une généralisation de ces diplômes. « Nous sommes inquiets pour les étudiants niçois mais aussi français. C’est Frédérique Vidal (ancienne présidente de Nice Sophia Antipolis, aujourd’hui ministre de l’Enseignement supérieur, ndlr) qui a mis en place ces diplômes », retrace Sabine Santucci. « Pour fonctionner, un établissement a besoin de diplômes nationaux. Ces DE n’ont pas vocation à les remplacer, tente de rassurer Stéphane Azoulay. Ces formations offrent simplement un cadre différent. Nous expérimentons un nouveau format. » Pas de quoi rassurer les membres du collectif. Certains professeurs ont décidé de ne plus enseigner dans ces formations. « Des collègues ne savaient pas les frais demandés par l’université. Il y a un vrai manque de communication », reproche Sabine Santucci.

Capucine GILBERT.