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Lettre des personnels mobilisés dans le collectif Sauvetafac06

Limites et dysfonctionnements de ParcourSUP

mercredi 9 mai 2018

Cette lettre est destinée à communiquer les limites et dysfonctionnements de ParcourSUP dans les universités mais également dans les établissements du secondaire. Le manque d’informations au sein de nos structures devient préoccupant et alarmant, ceci à quelques semaines de la clôture des classements des bacheliers et futurs étudiants désireux de poursuivre dans le supérieur.

Une mise en œuvre qui suscite des réactions

Rappel sur l’historique de la mise en place de ParcourSUP
Pour rappel, la plateforme ParcourSUP a été mise en place de façon précipitée fin 2017 et ceci sans aucune concertation avec les établissements du secondaire et du supérieur. Elle remplace en urgence le système APB qui a connu un fiasco remarquable ces 3 dernières années.
La loi ORE (Orientation à la Réussite des Etudiants), structurée autour de ParcourSUP, a été promulguée le 8 mars 2018 par le Parlement quelques jours avant la fin de saisie des vœux par les candidats (13 mars 2018).

Ce nouveau paramètre contraint les commissions d’évaluation et de sélection à travailler à l’aveugle en classant, acceptant (ou non) et orientant parfois involontairement ces candidats dans des formations « par dépit »

Au mois d’avril, plusieurs départements d’enseignement de diverses universités françaises (environ 90 départements) et plusieurs présidents d’universités ont pris des positions claires et radicales au sujet de cette plateforme et de l’Outil d’Aide à la Décision (outil permettant d’aider au classement) : lutter contre ce type de sélection. Ce refus s’exprime de différentes façons, comme :

  1. la dissolution des commissions d’évaluation et de sélection des candidats,
  2. ne pas paramétrer l’Outil d’Aide à la Décision,
  3. classer tous les candidats ex-æquo et donc accepter toutes les candidatures.

Nous pouvons alors nous interroger sur ces décisions. Afin de les comprendre et pour que chacun d’entre nous, personnels administratifs, personnels enseignants-chercheurs, personnels enseignants du secondaire et parents d’élèves bacheliers, prenne enfin conscience des limites de ce système, nous présentons dans cette lettre quelques points majeurs de cette nouvelle réforme.

Algorithme et abérations

Premier défaut : la non-hiérarchisation des vœux
Le premier défaut de ParcourSUP est la non-hiérarchisation des vœux des bacheliers. Pour rappel, APB proposait une hiérarchisation des vœux, ce qui permettait de connaître les motivations de ces jeunes avant leur entrée dans le supérieur. Ce nouveau paramètre contraint les commissions d’évaluation et de sélection à travailler à l’aveugle en classant, acceptant (ou non) et orientant parfois involontairement ces candidats dans des formations « par dépit ».

Cette utilisation opaque des coefficients […] pourrait engendrer dans quelques années un classement des universités en fonction de leur rigueur d’accessibilité

 
L’Outil d’Aide à la Décision destiné au classement
Le ministère a proposé aux commissions d’utiliser l’Outil d’Aide à la Décision, outil informatique basé sur un algorithme - dont le code informatique n’a toujours pas été dévoilé par le gouvernement d’Emmanuel Macron – qui vise au calcul d’une note globale et détermine un classement. Cet algorithme fonctionne par pondération de coefficients pour les différents critères d’évaluation tels que :

  • les bulletins de Première et de Terminale,
  • les notes anticipées du baccalauréat,
  • les séries de baccalauréats,
  • les fiches « Avenir »,
  • les projets de formation (CV et lettre de motivation)
  • ainsi que la possibilité d’ajouter à ces critères une note individualisée, laissée au libre-arbitre des commissions.

Il apparaît clairement un problème de transparence sur l’utilisation et le paramétrage de ces coefficients au sein même d’une université. Nous pouvons donc faire l’hypothèse que c’est le cas pour l’ensemble des universités françaises. Cette utilisation opaque des coefficients permet aux différentes formations d’opérer leur classement en fonction d’exigences ciblées. Ce qui pourrait engendrer dans quelques années un classement des universités en fonction de leur rigueur d’accessibilité.

Intégrer les bulletins des notes de Première et de Terminale aux critères de classement permet de privilégier certaines thématiques enseignées dans le secondaire en fonction de tel ou tel portail de formation de l’enseignement supérieur, paramétrages qui peuvent varier selon les séries de bac et ainsi faire naître une discrimination entre les diplômes, censés légalement garantir et suffire à l’accès à l’enseignement supérieur. Nous rappelons que les notes obtenues grâce à l’Outil d’Aide à la Décision ne tiennent en aucun cas compte de l’obtention du baccalauréat qui, historiquement, est le premier diplôme universitaire.

Qui rédige vraiment ces documents, les bacheliers ou leurs parents ? Pouvons-nous ignorer que des sociétés privées proposent de réaliser ces projets de formation en échange de plusieurs centaines d’euros ?

 

Ajouter des notes bonus sur les fiches « Avenir » et sur l’évaluation du projet de formation impose à chaque commission, si le travail est fait consciencieusement, de lire l’intégralité des dossiers pour se prononcer. Pour rappel, la fiche « Avenir » permet aux professeurs principaux des lycées et aux chefs d’établissement d’évaluer chaque bachelier sur les critères suivants : esprit d’initiative, motivation, autonomie, méthode de travail, etc.… En parallèle, l’évaluation du projet de formation composé d’un CV et d’une lettre de motivation sur appréciation de la commission est à discuter. En effet, comment pouvons-nous évaluer les CV et lettres de motivation de bacheliers sans justification tangible sur ces appréciations ? De plus, pouvons-nous ignorer le lien évident entre qualité attendue et classe sociale ? Qui rédige vraiment ces documents, les bacheliers ou leurs parents ? Pouvons-nous ignorer que des sociétés privées proposent de réaliser ces projets de formation en échange de plusieurs centaines d’euros ? Cette démarche imposera obligatoirement des disparités sociales.

Enfin si nous prenons en compte l’ensemble de ces critères, un calcul simple mais effarant montre que l’évaluation de 2.500 dossiers, si la commission passe 10 minutes/dossier, prendra environ 25 000 minutes soit environ 416 heures de travail, équivalent à 40 jours de travail et ceci avant le 18 mai date de rendu des classements. Avons-nous les moyens humains et le temps de faire ce tri forcé lorsque l’on nous demande d’être à la fois enseignant de qualité, chercheur de renommée internationale, administratif, gestionnaire de projet ? La réponse est non !

Pour finir, point aberrant de ce nouveau système, ParcourSUP offre la possibilité de modifier manuellement la note finale et le classement d’un candidat. En effet, si la commission le désire, il sera possible de rajouter manuellement une note personnelle pondérée par un coefficient au même titre que les autres critères de sélection, impactant directement le classement final du candidat. Il est très facile d’imaginer les dérives possibles de cette dernière forme de notation qui est totalement arbitraire.

Les conséquences de ce tri forcé

Cette tâche aboutira donc à une note moyenne permettant le classement puis la sélection du futur étudiant. Il est clair que contrairement aux propos de Mme Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, tous les bacheliers ou étudiants n’auront pas une place assurée dans l’enseignement supérieur. Ce tri forcé et discriminant socialement n’aura comme conséquence qu’une censure de l’enseignement supérieur par les bacheliers.

Les premiers classements sont arrivés, de façon officieuse, et sont plus qu’alarmants. Aucune logique n’apparaît réellement sur ces classements

Les premiers classements sont arrivés, de façon officieuse, et sont plus qu’alarmants. Aucune logique n’apparaît réellement sur ces classements : à la fois sur les vœux des candidats, sur les notes (pouvant être rentrées par l’établissement ou par le candidat !), sur des dossiers plus pou moins complets qui perturbent les calculs de l’algorithme, …
Le constat est que certains candidats ne seront pas affectés dans les filières demandées, alors que deviendront-ils ? Ont-ils demandé une formation dans d’autres académies ?

Un paramétrage qui peut changer du jour au lendemain
En outre, nous observons sur la plateforme ParcourSUP / Outil d’Aide à la Décision que les paramétrages d’adhésion de certaines filières changent du jour au lendemain (exemple de filières sélectives devenant non-sélectives). Cette information importante, datant du 27 avril 2018, n’a pas été annoncée par le ministère, ni par le rectorat, ni par la direction. Aucune clarification n’a été apportée à ce jour. Comment devons-nous prendre ces changements de décision si nous ne sommes même pas informés, 15 jours avant la clôture des classements !?

Que faire à l’université de Nice ?

Deux Assemblées Générales des personnels se sont exprimées contre le classement et pour que toutes les candidatures soient acceptées.
Après concertation et discussion avec le personnel de l’université de Nice, personnels administratifs, enseignants-chercheurs, membres et présidents de commissions d’évaluation, le constat est le suivant : ce dispositif précipité et inadéquat aux valeurs de l’université française comporte trop de points opaques qui en font un sujet tabou au sein de nos structures d’enseignement du supérieur et du secondaire.
C’est pourquoi deux Assemblées Générales du personnel ont été proposées afin d’informer, de communiquer et de prendre une position claire sur ParcourSUP. Au cours de ces deux AG (l’une à Valrose, l’autre à Carlone) une motion a été proposée aux votes.

Cette motion est la suivante : « refus du personnel et des commissions de participer au format actuel de sélection à l’entrée à l’université, classer ex-æquo tous les dossiers et accepter toutes les candidatures ».

  • Le 18 avril 2018 à Valrose, la motion a été adoptée à 50 voix pour, 29 contre et 4 abstentions. Lors de cette AG, la direction de l’université de Nice a participé au vote, ne pouvant donc pas contester sa légitimité.
  • Le 26 avril 2018 à Carlone, la motion a été adoptée à 42 voix pour et 0 contre.

De ce fait, nous demandons aux personnels de l’université de Nice et à sa direction de respecter cette décision et d’accepter toutes les candidatures.

De ce fait, nous demandons aux personnels de l’université de Nice et à sa direction de respecter cette décision et d’accepter toutes les candidatures.