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Masters payants : la méthode UCA pour détruire les Masters gratuits

mardi 3 avril 2018

Lorsque la direction de l’UCA a commencé à parler de nouveaux Diplômes d’Établissement (DE), elle a soigneusement évité de parler de leur caractère (très) payant. Plusieurs collègues rapportent qu’il n’en était pas question dans les discussions, et que tout était présenté comme « une opportunité de proposer de nouvelles formations à distance et en anglais ».

L’UCA a également caché le contenu du projet Idex (UCA_Jedi) comprenant ces nouveaux DE. Officiellement, pour que le contenu ne fuite pas. Mais on comprend aujourd’hui qu’il s’agissait de ne pas tout dévoiler aux enseignants pour leur faire accepter le plus tard possible ce qu’ils n’auraient pas accepté s’ils avaient été informés de l’ensemble des contraintes dès le départ. Plusieurs enseignants qui ont participé au montage de ces DE ont rapporté se sentir trahis.

Les DE de l’UCA ont valeurs de tests, d’autant plus dans l’université de notre ministre Frédérique Vidal. Si nous n’y nous opposons pas, c’est simplement la fin de l’Université publique de Nice à laquelle nous allons assister. L’UCA a d’ailleurs déjà annoncé la « vampirisation » de l’UNS d’ici un an sans qu’il n’y ait jamais eu de dialogue avec les personnels ni les étudiants sur le sujet. Plusieurs membres de la direction ont même indiqué leur modèle de transformation de l’université : la privatisation de France-Telecom/Orange dont on connait le désastre humain (carrières bloquées, démissions, suicides) et industriel (absence de R&D).

Voici 2 cas révélateurs des méthodes « managiérales » de la direction de l’UCA et sa volonté de supprimer des Masters viables et reconnus nationalement et internationalement pour être transformés en faux Masters payants.

MARRES/BOOST

Concernant la soutenabilité des masters, voici le cas de MARRES et BOOST, héritiers respectifs des spécialités « Biologie Marine et Santé des plantes » du parcours Biologie et « Santé de l’Environnement » du Master Sciences de la Vie de l’UNS.

Les deux spécialités étaient fortement mutualisées, avec l’essentiel du M1 en tronc commun. Certaines UE du parcours étaient par ailleurs accessibles en option aux autres parcours du master. S’il y a eu un problème d’effectifs étudiants en début de maquette il y a 5 ans (après un énième remaniement de leur structure), le système avait gagné en clarté, et avait atteint sa vitesse de croisière sur les trois dernières années, on avait plus d’une douzaine d’étudiants dans les UE (une bonne quinzaine cette année). L’effectif se maintenait en M2 pour la Biologie Marine, puisque le M2 attirait directement des étudiants.

Sur l’ensemble des deux années, on était par ailleurs à plus de 50% d’étudiants externes à l’UNS en Biologie Marine, ce qui démontre l’attractivité de cette formation.

Donc, ces deux dernières années, le Master Biologie Marine tournait bien et était attractif. Pourtant, la direction d’UCA a imposé arbitrairement le passage à MARRES pour fusionner de force avec une filière de l’école de commerce privée SKEMA qui était, elle, peu attractive.

Pour ce qui est de la langue des enseignements, les discussions étaient en cours pour obtenir une co-diplomation de la Biologie Marine avec la formation équivalente de l’Institut d’Océanographie de Gdansk, avec échange d’étudiants via ERASMUS, qui impliquait du coup que les cours soient en anglais, et, dans ce cadre, ça ne gênait aucune instance ! Ce projet semble mort avec le passage à MARRES.

Alors, question : Pourquoi l’UCA prétend bec et ongle n’avoir transformé que des Masters qui n’étaient plus soutenable alors que ce n’est pas le cas pour MARRES ?

Biobanks and complex data management

Un autre cas, celui du Master « Biobanks and complex data management » : à ce jour, les seuls changements connus entre la version « Master payant » de la rentrée 2018 et la version actuelle sont les frais d’inscriptions qui passent de quelques centaines d’euros à 4000 euros !

Alors, question : Quels sont cette fois-ci les arguments de l’UCA pour justifier ce changement ? La soutenabilité, l’attractivité ? Comment peut-on imaginer qu’en augmentant les frais d’inscription on puisse améliorer l’attractivité ?

On peut aussi signaler le cas du Master d’Astrophysique, lui aussi dans le collimateur de l’Idex pour être transformé en diplôme payant à l’occasion de sa nouvelle mouture au sein de l’UCA. Les enseignants sont parvenus ici à rester dans le cadre des diplômes nationaux aux droits d’inscription standards. Ce Master est en anglais et propose des stages à l’étranger, ce que proposent les futurs DE payants mis en place par l’Idex UCA_Jedi, sauf qu’il est gratuit.

On voit bien ici que le nœud du problème c’est le mélange public-privé, qui dénature la mission de service public de l’Université en voulant transformer ses enseignants en marchands de connaissance, et ceci au sein d’un « Grand Établissement » échappant aux normes fondatrices du service public d’enseignement (gratuité des études, statut des personnels) et de la collégialité universitaire (Conseils Centraux qui ne sont plus composés de membres démocratiquement élus par leurs collèges respectifs au suffrage direct mais de membres élus par de grands électeurs nommés par les directions des « partenaires », publics ou privés qu’ils soient, avec donc à la fin du fin les règles restrictives du privé).

C’est contre cette volonté globale de vouloir « faire du public-privé » en commençant par les Masters, et de vouloir construire un « Grand Établissement » pour échapper aux règles de l’enseignement supérieur public (gratuité des études, statut des personnels, collégialité), que s’érige en bastion du service public le collectif « Sauve Ta Fac 06 ».