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Parcoursup : « Beaucoup de gamins se découragent et renoncent à la fac »

jeudi 15 mars 2018


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Petit tour à la manif à Paris, ce jeudi, contre la réforme sur l’accès à l’université. Il n’y avait pas foule. Une élève et deux profs parlent de ce sentiment partagé par un grand nombre d’élèves de ne pas se sentir au niveau pour postuler en fac.

Il n’y avait vraiment pas grand monde. La manifestation contre Parcoursup et la réforme du bac lancée à l’appel des syndicats lycéens, a réuni quelques centaines de personnes, ce jeudi en fin de matinée, place Saint-Michel, dans le Ve arrondissement, à Paris. Sur les coups de onze heures, au pied de la fontaine, une jeune fille tentait tant bien que mal de scotcher une pancarte fabriquée à la va-vite sur un carton : « L’éducation, pas la sélection. » Pendant ce temps, un autre s’affairait à graffer « loi Vidal, sélection déguisée » sur une barrière de travaux. Et un petit groupe donnait de la voix : « La fac, la fac, elle est ouverte. On s’est battu pour qu’elle le soit, on se battra pour qu’elle le reste. » Voilà pour le décor.

Parmi les manifestants, il y avait Andréa, venue avec une camarade de classe du lycée Jules-Ferry (IXe arrondissement). Elle commence par dire qu’elle est « un mouton ». « J’ai suivi le mouvement pour voir à quoi ressemblait cette manifestation, on ne va pas tarder à rentrer, de toute façon , maintenant, c’est fait. » La réforme de l’accès à l’enseignement supérieur est déjà en vigueur, adoptée à la va-vite par le Parlement – la loi a été promulguée la semaine dernière pour une application dès cette année.

Andréa est en terminale scientifique, et donc directement concernée. « Oui, enfin, j’ai rempli Parcoursup au cas où, mais j’y crois pas une seconde. J’ai pas d’assez bonnes notes pour aller à la fac. » Elle a 8 de moyenne générale. Avec ses parents, ils ont décidé qu’elle ferait une école de commerce privée. « ils vont emprunter, mais au moins comme ça je pourrai faire un truc. Mais bon. » Sa copine, avec 15 de moyenne, a postulé à la fac et dans les prépas. « En fait, maintenant, faut avoir de l’argent ou sinon être très bon élève. »

A quelques mètres, un groupe de profs de Seine-et-Marne tiennent le même discours. Ils sont une quinzaine de leur lycée à être venus soutenir les gamins. « Beaucoup s’autocensurent à fond. C’était déjà le cas avec APB, mais cette année, ça va être pire ! » parie Renaud, prof en sciences économiques et sociales (SES). Son collègue Nicolas : « Quand tu lis les attendus que demandent les universités, et que tu vois 30 000 dossiers de candidatures pour 800 pris, beaucoup d’élèves se découragent, renoncent en se disant que ça ne sert à rien, que ce n’est pas pour eux… J’ai un élève avec 15 de moyenne, il n’osait pas postuler à la fac. 15 de moyenne ! »

Renaud s’énerve aussi contre ces dossiers interminables à remplir, avec « ces putains » de lettres de motivation. « En ce moment, nos gamins, ils passent tout leur temps à ça, à essayer de les écrire, plutôt que de réviser leurs cours. C’est de l’élimination sociale, parce que pendant ce temps, les gosses de riches, ils paient une boîte qui écrit les lettres à leur place… »

Marie Piquemal